Aperçu du travail psychanalytique

Le divan de Freud

« Vous êtes ici pour apprendre quelque chose à propos de vous-mêmes. »

Freud, cité par Joseph Wortis, in Fragments of an Analysis with Freud, Simon & Schuster, 1954, p.55.

 

Partons d’un exemple simple. Beaucoup de jeunes hommes intelligents, sensibles, courageux, instruits même, passeront près de rater leur existence pour ainsi dire, sur les plans professionnel et amoureux notamment, du fait d’avoir été meurtris sur le plan affectif et dans leur vie psychique par un milieu familial inadéquat. Pour plusieurs d’entre eux, la psychanalyse s’avère parfaitement indiquée. À condition de la mener à terme ou suffisamment loin, ces jeunes gens pourront observer à la suite de leur analyse des changements considérables à l’intérieur d’eux-mêmes. Des changements qui seront attribuables, il va sans dire, autant à eux-mêmes qu’au psychanalyste consciencieux et compétent qui les aura accompagnés tout au long du parcours, et qui aura su manier, de façon judicieuse, le silence d’un coté, la parole de l’autre. Car si le psychanalyste écoute d’abord, c’est qu’il s’interdit, à juste titre, de plaquer quelque savoir que ce soit sur l’existence du patient et son expérience intime forcément singulière, c’est qu’il s’interdit, par éthique, de prodiguer au patient (à la patiente) des recettes pratiques toutes faites. L’analyste écoute, d’entrée de jeu, mais il vient à parler.

De l’aventure inouïe que constitue une psychanalyse personnelle, on a somme toute très peu dit. Démarche étendue dans le temps, certes, exigeante aussi, mais ô combien passionnante. En matière de découverte de soi, d’abord, mais également de découverte du monde qui nous entoure et des autres personnes principales qui nous ont entourés depuis le début de notre vie. Lorsqu’ils pensent entreprendre une analyse, les gens s’attendent spontanément à revenir dans le passé, à y faire des retours. Ils n’ont pas tort. La dimension historique de l’existence occupe bien sûr une place importante dans l’affaire. Et cette histoire (pas seulement réelle mais psychique surtout, et reconstruite régulièrement au cours de la vie), cette histoire dans laquelle il est inscrit, le sujet peut arriver justement à la connaître beaucoup mieux, et conséquemment il peut parvenir à mieux s’y retrouver de même qu’à en tirer, à terme, le meilleur parti possible.

Voie royale de connaissance de l’inconscient, mise en évidence par Freud dans Die Traumdeutung, paru en 1900, l’analyse des rêves du patient (de la patiente) à l’intérieur du cours même de la démarche personnelle constitue aussi - plus dans certains cas que dans d’autres faut-il dire - une part substantielle de toute psychanalyse. Tout autant que l’analyse des lapsus, des actes manqués et des symptômes.

 

Comment une psychanalyse procède-t-elle et que met-elle en lumière ?

Sa méthode fondamentale – dite historiquement d’association libre - consiste à laisser la parole spontanée du sujet se déployer ; il s’agit de repérer et de recueillir ensuite ce qui s’en révèle au fur et à mesure d’éclairant. La confidentialité (de rigueur) permet au sujet de dire absolument tout ce qui lui vient à l’esprit sans que ça puisse se retourner contre lui-même (ce que beaucoup ont expérimenté au courant de leur vie). Si l’on ignore à l’avance ce qui sera au cœur de telle analyse particulière, tout ce qui se greffe cependant autour de la méthode psychanalytique ci haut esquissée, de même que le « savoir » et l’expérience de l’analyste permettront, par exemple :

  • de débusquer les coordonnées inconscientes primaires de la mise en place du rapport à l’autre ;
  • de retracer au fur et à mesure ce que l’une et l’autre figure parentale ont induit chez le sujet, tant sur les modes identificatoire ou contre-identificatoire que simplement réactionnel;
  • d’analyser finement les amours et les identifications oedipiennes encore souvent à l’œuvre – amours parfois volcaniques ;
  • d’explorer dans le détail certaines captivités non seulement imaginaires mais aussi symboliques où se trouve « maintenu » de force le sujet, très souvent à son insu ;
  • de répertorier chacune des facettes de l’organisation narcissique du sujet et d’en comprendre la portée pratique et subjective ;
  • d’expérimenter de manière extrêmement vive – bien que souvent souterraine – le transfert, in situ ;
  • d’aborder inévitablement des questions fondamentales telles que : le rapport du sujet à ce qui est appelé « la normalité », sa confrontation par moments brûlante à la doxa environnante, sa relation plus ou moins trouble à l’Autre*.

* L’Autre, écrit ici avec une majuscule, pour le distinguer d’avec l’autre, le semblable selon la distinction établie par Jacques Lacan , ou l’Autre absolu - en certains cas, ainsi qu’en parle un auteur comme Pierre Legendre. Tout ceci est théorique. Si la chose est importante, l’expérience vive de l’analyse, elle, ne doit pas l’être.

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